« 31 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 293-294], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10202, page consultée le 25 janvier 2026.
31 décembre [1836] 1836, samedi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon très cher petit homme, je vous aime fin décembre
1836 comme je vous aimerai premier janvier 1837,
c’est une habitude prise, c’est-à-dire une seconde nature, comme vous savez ; et
encore cette comparaison n’est-elle pas juste car ce n’est pas par habitude que je
vous aime, mais je vous aime parce que je vous aime, parce que mon amour c’est ma
vie.
Vous devez trouver bien uniforme la manière dont je vous le dis, avec moi les
jours se suivent et se ressemblent, contrairement au proverbe reçu. C’est qu’aussi
je
vous aime toujours également, passionnément.
J’ai envoyé chercher ma Claire, ce matin. Elle n’était pas prête, de sorte
qu’on me l’amènera ce soir. Quanta à
moi, je suis levée, habillée et disposée à aller chercher mon bois, si tu peux venir
me chercher.
Mon bon petit Toto adoré, j’ai une grâce à vous demander, je désire
bien que vous ne me la refusiez pas, c’est de m’écrire une bonne petite lettre que
je
recevrais demain par la poste1. Dussiez-vous gémir sur ma prodigalité accoutumée, je n’aurai jamais eu autant de bonheur à dépenser trois sous. Ces trois sous seront dans ma vie trois heures,
trois jours, trois semaines, trois ans, trois siècles, une éternité de bonheur si
je
vis encore dans l’autre monde. Mon petit Toto, je t’en prie bien, je serai bien bonne,
bien sage et bien économe toute l’année, si tu m’accordes ce que je te demande.
Juliette
1 Hugo a coutume d’écrire une lettre à Juliette pour le nouvel an.
a « quant ».
« 31 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 295-296], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10202, page consultée le 25 janvier 2026.
31 décembre 1836, samedi soir, 5 h. ¾
C’est vous qui êtes bon, c’est vous qui êtes charmant et c’est encore vous qui êtes
le plus aimé des hommes. Je vous promets mon petit Toto de laisser dans le vieux sac
vide de 1836 tous les défauts que vous déplaisent, au risque
de le remplir par-dessus le bord. Je vous promets en outre de vous donner toute
l’année 1837, beaucoup d’amour, beaucoup de bonheur et un
peu de bonne qualité, si j’en trouve dans mon jardin.
Dites donc vous vous
laissiez un peu agacer pour la petite marchande ? Si elle
veut savoir de QUEL BOIS JE ME CHAUFFE elle n’a qu’à continuer de recouler dans sa
voix de bois. Tout est clos et rangé, je me suis donné
joliment du mal, je mériterais bien mon argent dont je ne devrais compte à personne, car il m’en reste très peu excepté vos [35 F. ?]J’ai 1 F. 10 sous dans ma
bourse, il est vrai que j’ai donné [25 F. ?] pour le vin qui
vient demain matin. Mon cher petit chat, il faudra que vous partagiez vos [35 F. ?] avec moi pour les étrennes forcées du portier et de
la bonne. D’ailleurs ça m’est égal que vous ne me donniez pas les vases de chez
[MARQUIS ?].
Mon petit Toto chéri, je t’aime, mon pauvre amour,
je vous adore, mon ravissant petit Toto, je réchauffe vous petits pieds sur mon cœur,
prenez garde de les brûler.
J.
« 31 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 297-298], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10202, page consultée le 25 janvier 2026.
31 décembre [1836], samedi soir, 10 h. ¼a
À mon adoré quelle douce surprise ! Quel admirable cadeau ! Quelle merveille ! Et
comment te remercier ? C’est à genoux que j’ai lu tes vers, c’est les yeux fixés sur
ton ravissant dessin que je t’écris ces mots qui font des points d’admiration que
je
voudrais ponctuer en baisers sur toute ton adorable petite personne. J’étais triste
et
souffrante, tu m’as donné la joie et ôté le mal. En ce moment je ne sens plus rien
que
mon bonheur, mes mains sont revenues fraîches et les nuages noirs qui pesaient sur
ma
pensée et sur mon cœur se sont tous dissipés. Ton amour, c’est le ciel bleu de mon
âme, ton regard son soleil, ton sourire sa joie, ton haleine son parfum, tes baisers
l’extase et le paradis. Quand je pense qu’il y a une heure j’étais la plus malheureuse
des femmes et que je ne voyais rien au-delà de mon épaisse tristesse et que maintenant
tout est gai autour et au-dedans de moi, il me semble que c’est un rêve et qu’il y
a
plus d’une nuit écoulée entre ces soixante minutes.
Dors bien, mon Victor, car
tu viens de faire une bien heureuse femme d’une pauvre créature désolée. Tu as fait
en
un moment plus de bien que le bon Dieu ne lui en a accordé après des ans de prières.
Sois béni, mon Victor, je t’adore.
a Sur le manuscrit figurent deux dates conjecturales, d’une autre main que celle de Juliette : « 1842 » et « 36 ? ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
